Ce que vous mangez sans le savoir

Ce que vous mangez sans le savoir

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Boire, manger, respirer – pages 498-503

Au XIX°, aucun texte ne réglementait les additifs alimentaires et il n’était pas rare de trouver des produits chimiques toxiques dans les aliments. Les brasseurs élevaient le degré alcoolique de la bière avec de l’acide sulfurique (accélération de la transformation de l’amidon en sucres) et en rehaussait le goût avec du sulfate de fer (production de mousse). Un colorant toxique (vert de Scheele ou hydrogénoarsénite de cuivre) colorait le thé vert, tandis que le pain était plus blanc grâce à l’ajout de craie, d’alun et de carbonates de magnésium ou d’aluminium. Des légumes en conserve gardaient leur couleur verte grâce à l’addition de sulfate de cuivre (vomitif). Le borax et le formaldéhyde, deux produits cancérigènes, étaient utilisés pour améliorer la conservation de certains aliments.
A la fin des années 70, les consommateurs savaient que les aliments transformés étaient bourrés d’additifs chimiques dont la liste était inscrite sur l’emballage. Un parfum artificiel pouvait être composé de dizaines de produits chimiques différents. Rares étaient les consommateurs qui savaient déchiffrer les codes et les désignations chimiques pour savoir à quels risques ces produits les exposaient. Combien connaissaient la molécule qui se cachait sous l’abréviation BHT (Butyl-hydroxy-toluène), un conservateur antioxydant pour huiles et graisses ?
Les additifs se répartissaient dans différentes catégories : vitamines et sels minéraux, conservateurs et antioxydants, émulsifiants, stabilisants, épaississants, gélifiants, humidifiants, blanchissants, colorants, correcteurs d’acidité, agents de sapidité… Le but de tous ces produits était de repousser la date limite de vente des aliments transformés et de les rendre artificiellement plus attrayants. La nourriture consommée dans la rue (glaces) ou dans les restaurants et les fast-foods échappait pourtant à toute obligation d’étiquetage. Les produits à connotation naturelle, comme la célèbre boisson Tang, contenaient en réalité une multitude d’ingrédients artificiels.
Bien que la réglementation européenne interdise l’utilisation de tout additif reconnu comme cancérigène, certains États fermaient les yeux au profit de leur industrie agroalimentaire. Aux Etats-Unis, les industriels avaient réussi à autoriser l’usage de nitrites dans la viande et de saccharine dans les produits sucrés, malgré la nocivité avérée de ces substances (lire article “Comment sait-on que cela donne le cancer ?”).

Les additifs alimentaires ne sont pas une invention récente puisqu’ils sont utilisés depuis des millénaires. Les Égyptiens utilisaient déjà des colorants et des arômes naturels, tandis que les Romains utilisaient du salpêtre (nitrate de potassium) pour la conservation de la viande et du poisson. La bonne nouvelle c’est qu’on connait plutôt bien aujourd’hui leur dangerosité et que les plus toxiques ont tendance à être interdits. La mauvaise nouvelle c’est qu’il y en a vraiment beaucoup et que nous ne connaissons pas les risques associés à de petites doses répétées d’une multitude de substances chimiques.

La définition des additifs alimentaires en Europe est donnée par le règlement européen (CE) n°1333/2008 : “On entend par «additif alimentaire» toute substance habituellement non consommée comme aliment en soi et non utilisée comme ingrédient caractéristique dans l’alimentation, possédant ou non une valeur nutritive, et dont l’adjonction intentionnelle aux denrées alimentaires, dans un but technologique, au stade de leur fabrication, transformation, préparation, traitement, conditionnement, transport ou entreposage a pour effet, ou peut raisonnablement être estimée avoir pour effet, qu’elle devient elle-même ou que ses dérivés deviennent, directement ou indirectement, un composant de ces denrées alimentaires“. Tous les additifs alimentaires contenus dans des aliments vendus dans l’Union européenne doivent être aujourd’hui identifiés dans la liste des ingrédients par un code commençant par “E” suivi de trois ou quatre chiffres. L’étiquetage doit mentionner non seulement la fonction de l’additif (ex. antioxydant, colorant, émulsifiant, stabilisateur, agent gélifiant, épaississant, conservateur, édulcorant…), mais aussi la substance utilisée (ex. E 415 ou gomme xanthane).
Certains additifs, particulièrement dangereux, sont heureusement interdits dans la Communauté Européenne. Ils ont donc été autorisés dans le passé, ce qui peut faire froid dans le dos pour peu qu’on ait quelques notions de toxicologie. On peut citer le cas de E111 (Orange GGN, alpha-naphtol orange, interdit en 1978), E128 (rouge 2G, azogéranine, toxique cancérigène, interdit en 2007), E240 (formaldéhyde, cancérigène, interdit en France),  E926 (dioxyde de chlore, toxique, utilisé pour le traitement des farines, interdit en France)…
Plus perturbant encore, certains additifs alimentaires pourtant reconnus comme toxiques restent autorisés en Europe. On peut citer E211 (benzoate de Sodium, conservateur utilisé dans les boissons gazeuses, reconnu comme allergène impliqué dans le syndrome d’hyperactivité infantile), les parabènes E214 à E219 (conservateurs suspectés d’être cancérigènes, perturbateurs endocriniens), E250 (nitrite de sodium, conservateur utilisé pour donner une couleur rose à la charcuterie, cancérigène), E320 et E321 (antioxydants BHA et BHT, cancérigènes), E621 (glutamate de sodium, donne un goût de poulet aux aliments, liée à de nombreux troubles neurologiques)…
Il faudrait aussi éviter E104 (jaune de quinoléine), E122 (azorubine), E123 (amarante), E124 (rouge cochenille), E129 (rouge allura AC), des colorants probablement cancérigènes, dont la plupart sont liés à l’hyperactivité de l’enfant et sont interdits dans d’autres pays…

 

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