Californie : la guerre rend prospère

Californie : la guerre rend prospère

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les chiens de la guerre – pages 461-462

 

En 1980, Los Angeles n’était pas seulement la capitale du cinéma. C’était aussi la capitale mondiale de la vente des armes. Elle abritait la plupart des grandes firmes de ce secteur : Lockheed, Rockwell, McDonnel Douglas, Northrop… 23% des contrats de la Défense militaire américaine avaient été alloués à une entreprise californienne en 1976. Autant dire que la prospérité de cet État dépendait directement du Pentagone qui avait  par exemple dépensé en 1978 près de 116 milliards de dollars pour la R&D militaire. Chaque année, une partie du Congrès, surtout des Républicains, réclamait des augmentations du budget militaire. Pourtant, le secteur n’était pas le plus performant en matière de création d’emploi. Pour un milliard de dollars investi, il ne créait que 76 000 emplois, contre 139 000 à la santé ou 187 000 à l’éducation. La R&D militaire accaparait aussi un tiers des scientifiques et ingénieurs des Etats-Unis, au détriment d’autres secteurs d’activité.

Certains économistes défendaient l’idée d’une meilleure répartition des capitaux entre les économies militaire et civile. Une reconversion devait être planifiée et mise en place par le Gouvernement. Le California’s Mid-Peninsula Conversion Project avait même publié une étude détaillée sur la reconversion des travailleurs de Santa Clara vers l’industrie solaire. Cette reconversion était confrontée à différents obstacles : le Ministère de la défense avait habitué les entreprises à ne pas trop lésiné sur les coûts ; les partisans de la reconversion pourraient être tenus pour responsable de tout déclin de la sécurité nationale. Une étude du Groupe d’Étude de Boston avait suggéré qu’une réduction de 60% du budget de la défense (économie : 50 milliards de dollars) serait sans conséquence sur la sécurité nationale. Il est vrai que pouvoir détruire une quarantaine de fois chaque grande ville d’URSS n’était pas d’une très grande utilité.

F-35

Aujourd’hui, l’industrie de l’armement est plus prospère que jamais, grâce notamment aux pays du Golfe Persique qui utilisent une bonne partie de leur fortune dans les dépenses militaires. Le Moyen-Orient, essentiellement l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, devrait continuer d’importer annuellement environ 22 milliards de dollars d’équipements militaires au cours des quatre prochaines années. En 2016, les cent premières firmes du secteur ont totalisé près de 375 milliards de dollars de chiffre d’affaires, soit une hausse de 38% par rapport à 2002 (données Stockholm Peace Research Institute, Sipri). En 2017, ce sont toujours les Etats-Unis qui se taillent la part du lion (57,9%), en plaçant 7 entreprises dans les 10 premières :

  • Lockheed Martin (Matyland) : avions F-16, F-22, F-35…,
  • Boeing (Illinois) : avions F15, F18… Boeing avait racheté le deuxième producteur mondial d’armements, McDonnell Douglas, en 1997 (13 milliards $),
  • Raytheon (Massachusetts) : Missiles Tomahawk et Patriot…,
  • Northrop Grumman (Californie) : F-35…,
  • General Dynamics (Virginie) : char Abrams, missile Atlas, sous-marins nucléaires…,
  • BAE Systems USA (Virginie) :  filiale de BAE Systems (Royaume-Unis) : F-35…,
  • L-3 Communications (New-York).

Aujourd’hui, la Californie reste le “Golden State” des Etats-Unis et son PIB s’est élevé à 2.500 milliards de dollars en 2015, ce qui en fait la sixième plus grande économie mondiale, devant la France (2.423 milliards de dollars). Désormais, ce n’est plus l’industrie de l’armement qui tire l’économie californienne, mais la Silicon Valley, avec ses colosses tels que Facebook, Google, Apple, Yahoo!, eBay, Sony, Tesla, Hewlett-Packard, Intel… Mais la Californie, située sur la faille de San Andrea, sait très bien que tout peut rapidement basculer. Elle n’oublie pas qu’en 2010, elle était surnommée “la Grèce de l’Amérique”, au bord de la faillite, surendettées, avec un chômage à 12 %….

 

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