L’agrosylviculture

World Agroforestry Centre

 

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 54-55

En 1981, un tiers des terres émergées étaient recouvertes de forêts. Le bois étant dans les pays pauvres le principal combustible pour la cuisine et le chauffage, cette forêt diminuait inexorablement, laissant la place au désert par érosion des sols. Ce phénomène était aggravé dans les forêt tropicales/équatoriales où la couche d’humus est très mince, les arbres se nourrissant principalement de leurs propres déchets. La disparition de la forêt qui joue aussi un rôle d’éponge, a favorisé l’envasement des rivières et augmenté les risques d’inondation.

Pourtant, une solution intégrée existe pour préserver la forêt tout en pratiquant l’agriculture : c’est ce qu’on appelle l’agrosylviculture, ou l’exploitation raisonnée des arbres pour produire du bois de construction, des extraits naturels, de l’alcool … tout en préservant, voire en recréant, la forêt sur des sols pauvres.

Par exemple le caroubier qui donne des cosses dont se nourrit le bétail pousse sur des sols arides. Le jujubier est un arbrisseau qui permet d’extraire un succédané de l’huile de baleine. L’eucalyptus, quant à lui, offre à la fois un abri, de l’ombre, de la nourriture pour les abeilles et du bois de chauffage. Les essences rapides, telles que le peuplier et le saule, peuvent être coupées quelques années seulement après leur plantation. Les arbres fruitiers comme les pommiers permettent aussi de fixer le sol des coteaux escarpés et de créer des haies brise-vent qui peuvent aussi ralentir la progression des maladies cryptogamiques.

Le problème c’est que les agriculteurs des pays en voie de développement continuaient à la fin des années 70 de privilégier la culture traditionnelle sur brûlis, attachés à ce procédé aux bénéfices  immédiats qui leur permettait de nourrir leurs familles. Confrontés à des nécessités élémentaires de survie, ils ne pouvaient se payer le luxe de préserver la planète.

 

Qu’avons-nous fait au cours des 35 dernières années ?

En 2005, la totalité de la superficie forestière ne représentait plus qu’environ 30% des terres émergées de la planète. La déforestation contribue à près de 15% des gaz à effet de serre, soit plus que le secteur du transport dans son entier.

Aujourd’hui, 13 millions d’hectares de forêts sont détruits chaque année dans le Monde par la déforestation pour la production de bois, de papier, d’huile de palme, de soja (souvent OGM)… C’est tout de même une surface équivalente à celle de la Grèce ! Les pays les plus touchés sont l’Indonésie (840 000 ha de forêt tropicale détruits en 2012 par la surexploitation illégale du bois et la culture de palmier à huile) et le Brésil (583 000 ha de forêt équatoriale détruits en 2015 par la surexploitation illégale du bois et la culture de soja et, de bioéthanol).

Heureusement, certains pays comme les USA, la Russie, la Chine et l’Inde connaissent une augmentation des superficies forestières, ce qui diminue la perte nette globale qui reste tout de même de 8,9 millions d’hectares par an entre 1990 et 2000. Malheureusement, les forêts replantées, composées de quelques essences destinées à l’exploitation, ne pourront jamais remplacer la fabuleuse biodiversité abritée par les forêts naturelles primaires qui disparaissent inexorablement.

En 1993 le World Agroforestry Centre a défini l’agroforesterie comme un système d’utilisation de terres intégrant sur la même parcelle, de manière pérenne et volontaire, des forêts et des cultures agricoles ou pâturages. L’agroforesterie apporte bois, fruits, ombre, protection, abri aux auxiliaires de l’agriculture, tout en augmentant la productivité globale (synergie). Ce serait, selon la FAO et l’ONU, l’un des moyens les plus efficaces pour lutter contre la pauvreté et contribuer à la restauration d’agro-écosystèmes et de sols dégradés.

Le problème est que ceux qui détruisent la forêt pour s’enrichir tiennent rarement compte de ce que dit la FAO…

 

Comments are closed