Adapter la technologie aux besoins

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Outils propres et impropres – pages 371-372

 

 

Les nouvelles technologies sont des marchandises comme les autres et les pays en voie de développement en ont souvent importé, et continuent de le faire, même si elles ne correspondent pas à leurs besoins.

Le Pakistan avait ainsi acheté 18 000 tracteurs dans les années 60, grâce à des fonds empruntés à la Banque Mondiale. Les pièces détachées étant introuvables dans ce pays, les tracteurs se sont rapidement transformés en carcasses rouillées… En 1980, les pays du Sud étaient mieux armés pour décider de la pertinence des technologies qu’ils pouvaient importer en fonction du climat et des conditions socio-économiques. La “Corporation pour le Développement Industriel National” du Swaziland s’était alors lancée dans la fabrication de tracteurs d’une puissance modeste (16 chevaux) et de leurs accessoires agricoles, adaptés aux besoins des fermes locales de petite taille. Aujourd’hui, le Pakistan fabrique des tracteurs de la marque Massey Ferguson dans l’usine Millat Tractors. Ce sont des tracteurs de faible puissance (50 à 85 cv), spécialement étudiés pour un certain nombre de marchés du Sud, notamment en Afrique et au Moyen-Orient. Si les pays du Sud fabriquent des tracteurs sur leur territoire, c’est dans la plupart des cas dans des usines de fabricants étrangers, de plus en plus souvent indiens ou chinois. Ainsi, Bénin Tracteurs assemble des pièces fabriquées par la société indienne “Angelique International Limited” pour produire des tracteurs de 60 ch de marque Mahindra. Le constructeur chinois YTO Group Corporation a déjà installé des usines d’assemblage de matériel agricole en Algérie, Egypte, Ethiopie, Nigéria, Kenya, Angola, Afrique du Sud. Les entreprises chinoises savent parfaitement s’adapter à leurs nouveaux marchés : les charrues sont renforcées, les mailles des tamis de broyeur sont élargies pour s’adapter au manioc, des stocks de pièces détachées sont répartis sur le territoire…

L’Institut Internationale d’Agriculture Tropicale d’Ibadan (Nigeria) avait développé dans les années 70 des systèmes d’arrosage fonctionnant à l’énergie solaire. Aujourd’hui, l’irrigation des terres reste un levier important pour permettre à l’agriculture africaine de nourrir la population. En Afrique, près de 83 % de l’eau consommée sert à l’agriculture. Les pompes hydrauliques permettant l’irrigation sont alimentées en énergie grâce à des panneaux solaires. Les technologies de l’Information et de la Communication entrent aussi en Afrique. Le Nigérien Abdou Kané a par exemple mis au point un astucieux système de contrôle à distance de l’irrigation (“télé-irrigation”).

Le Sri Lanka relançait l’exploitation de plantes médicinales, comme l’ayurveda, remède ancestral contre plusieurs maladies. Les plantes médicinales étaient protégées dans des réserves naturelles, l’objectif étant à la fois de préserver les savoirs ancestraux et de limiter le recours à des médicaments importés de plus en plus onéreux. Aujourd’hui, la déforestation tropicale et le commerce intensif des plantes sauvages font peser sur les plantes médicinales traditionnelle une menace sérieuse d’extinction. Des plans de sauvegarde du patrimoine immatériel que sont les médecines traditionnelles ont été mis en place dans la plupart des pays, avec plus ou moins de conviction

Le “Arusha Appropriate Technology Project” en Tanzanie fabriquait depuis 1977 un gaz biogaz plus économique, paraît-il, que le méthane issu d’excréments humains et animaux et utilisé comme source énergétique pour alimenter la cuisson des aliments, le chauffage et l’éclairage. L’accès à l’énergie reste aujourd’hui l’un des principaux enjeux pour le développement en Afrique. C’est en tout cas une priorité de l’ONU pour la décennie 2014-2024 qui en a fait un sous-critère des Objectifs du Millénaire pour le Développement. L’Afrique consomme très peu d’énergie. La consommation énergétique moyenne y est de 0,5 tonnes équivalent pétrole par habitant contre 1,2 en moyenne mondiale et l’Afrique a le taux d’électrification le plus faible au monde. La situation est paradoxal lorsque l’on sait que le continent Africain est plutôt riche en ressources énergétiques (21% des stocks de carbone de la biomasse forestière, 8% des réserves mondiales de pétrole et de gaz, d’énorme capacités géothermiques, hydrauliques et solaires). Le programme ABPP (African Biogas PartnershipProgram), initié par les Pays-Bas, vise à soutenir le développement des énergies renouvelables des pays africains par l’installation de biodigesteurs permettant de fabriquer du biogaz. 5 pays en bénéficient (Burkina Faso, Ethiopie, Kenya, Ouganda, Tanzanie), ce qui a permis d’alimenter en énergie près d’un quart de million de personnes en 2015.

A Fatoma (Mali), un grenier à grains d’une contenance de 29 tonnes basé à la fois sur une architecture traditionnelle adaptée aux conditions climatiques et sur des matériaux modernes (briques d’argiles recouvertes d’argile séchée au soleil et enduites de fibrociment). Ce nouveau grenier à grains permettait chaque année de réduire les pertes de 10% environ. Cette idée d’améliorer les structures traditionnelles est la bonne, puisqu’elle offre une solution à la fois efficace et parfaitement adaptée au Mali. L’architecture du grenier ne fait pas tout. Pour bien conserver les céréales, il est indispensable de travailler dans un environnement parfaitement propre, afin d’éviter toute contamination par les insectes ou autres nuisibles naturels. Les céréales doivent aussi être conservées dans des sacs neufs c’est-à-dire non recyclés comme ce fut souvent le cas pour des raisons économiques évidentes.

En Égypte, on commençait à valoriser à la fin des années 70, les 7,2 millions de tonnes de déchets produits chaque année par les cultures de coton, maïs, riz et canne à sucre. Des études montraient que ces coproduits pouvaient être incorporés à la nourriture du bétail, à concurrence d’un tiers de la ration. La valorisation de coproduits de transformation et d’écarts de production agricole est devenue depuis quelques années une priorité. L’objectif est de réduire les besoins en ressources naturelles et en énergie fossile. L’alimentation animale est l’une des voies de valorisation les plus importantes, en particulier en Afrique où l’alimentation du bétail demeure une contrainte importante au développement du secteur qui contribue aux faibles performances du cheptel. Des progrès restent à faire en Afrique pour moderniser les procédés de valorisation des coproduits agricoles et permettre aux éleveurs locaux d’en bénéficier.

En Syrie, les chercheurs du “Centre International de Recherche Agricole” (ICARDA) tablaient sur la culture de la luzerne pour la production de fourrage pour le bétail en zone aride. La luzerne a la particularité d’être particulièrement rustique et de fixer l’azote de l’air, avec l’aide de bactéries du sol, ce qui réduit les besoins en engrais (nitrates). Mais elle a aussi un inconvénient, celui de nécessiter beaucoup d’eau. C’est ce qui a poussé en octobre 2016 l’Arabie Saoudite à prendre la décision d’interdire, à partir de 2019, la production locale de fourrages irrigués avec de l’eau issue de forages, dont la luzerne qui représente 28% de la surface agricole du pays. La culture de fourrages en régions arides ou semi-arides n’est peut-être pas une si bonne idée, compte-tenu des risques importants de pénurie d’eau potable.

 

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